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Une pédagogie interactive d’atelier de « co-construction de la connaissance » - Concevoir des environnements pour apprendre

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Une pédagogie interactive d’atelier de « co-construction de la connaissance »


Pour les apprenants débutants et semi-débutants dans un domaine, la phase de déconstruction des acquis antérieurs inadaptés et de transition vers la connaissance adaptative est toujours difficile. Elle implique une "prise de conscience" (Piaget) et une "décentration" cognitive de soi par rapport à ses propres processus qui ne peut se faire que dans un groupe social : avec l’enseignant ou l’expert et avec les pairs, de préférence en présentiel. Sauf chez les experts (et encore), cette prise de distance ne se produit pas naturellement. Elle n’émerge qu’à partir d’une mise en commun et d’une comparaison collective des résultats et des stratégies, d’une confrontation des points de vue, d’une conceptualisation et une réflexion critique guidées par l’enseignant Seule cette médiation socio-cognitive permet de créer les conditions interactives de la véritable pédagogie d’atelier, de déconstruction-reconstruction qu’exige une définition interactionniste de l’apprentissage.
La recherche montre que la transition de l’"abstraction pratique" à l'"abstraction formelle" reste le point faible de tout apprentissage, qu’il soit ou non médiatisé.

Hoyles and Healy (1997) pointent le besoin chez les apprenants d’un "double étayage" pour établir un rapport dialectique entre notions de sens commun et concepts scientifiques. Cet étayage consiste à mettre à leur disposition de façon constamment accessible des ressources locales adaptées à leur niveau de compréhension et à faciliter l’émergence de structures globales à partir des connexions locales établies au cours de leur activité. Mais même dans ce cas, l’intervention de l’enseignant reste nécessaire. Les apprenants tendent à rester bloqués dans un stade hybride d’"abstraction située", à mi-chemin entre constat empirique et conceptualisation, et doivent être guidés pour le dépasser. Les auteurs montrent que ce blocage fréquent est lié à une difficulté à prendre de la distance et à se décentrer par rapport à l’aspect immédiat des phénomènes. Le paradoxe est que cette difficulté est accentuée par la prégnance même des représentations d’objets et des fonctions proposées à l’écran, qui peut enfermer plutôt que libérer le raisonnement dans les évidences perceptives.

On propose ci-dessous quelques principes pratiques allant dans le sens d’un accompagnement logiciel et graphique maximal, ou au moins d’une obstruction minimale, au cours normal de l’activité d’apprendre. Même si l’on accepte par ailleurs le principe qu’ils ne suffiront pas à eux seuls à garantir le passage au concept.
    1. Faire converger les diverses fonctions mentales


Motiver et solliciter au maximum la curiosité et les ressources de l’apprenant l’incite à faire jouer ensemble ses quatre fonctions mentales de perception, action, représentation mentale et plaisir. La forme narrative du scénario est un moyen puissant à cet effet, mais aussi tous les outils d’interactivité des TIC qui permettent de participer en tant que partenaire actif de la narration. Il faut utiliser à plein le potentiel structurant des commandes par manipulation directe, du feedback immédiat des effets de chaque acte, des modes multiples de représentation pour le même phénomène, des langages graphiques avec animations interactives qui mettent en valeur les relations entre éléments. Toutes ces fonctionnalités techniques peuvent être des adjuvants puissants à la construction progressive des grandes catégories d’espace-temps, de classement, de causalité. La répétition et la mise en valeur systématique des invariants et des variations des objets et des évènements sous différentes situations est un incitatif efficace pour faire accéder à la généralisation et à la formalisation des grandes relations entre causes, effets et conditions.
    1. Concevoir ensemble le design de la tâche, de la navigation et de l’apprentissage


Il faut éviter de soumettre l’utilisateur à des distorsions gênantes entre les trois domaines qu’il doit manipuler. Pour cela, dans chaque écran, les trois domaines sont traités comme les trois dimensions d’un espace cognitif unique à structurer par une mise en scène et un dispositif d’action adaptés à sa fonction précise dans le cycle. On trouvera ci-dessous quelques solutions pratiques qui visent à différencier dans le détail l’architecture, la mise en page et le graphisme des écrans.
      1. Divers modes de représentation graphique


En référence aux trois niveaux d'abstraction selon J. Piaget (abstraction empirique/ réfléchissante/ réfléchie), le graphisme des écrans cherche à accompagner l’évolution de l’approche pratique concrète à l’approche formelle des contenus.

  • Le mode figuratif-narratif offre sous une forme empirique iconique plaisante une introduction sommaire du thème et des protagonistes avec motifs et buts (pourquoi), personnages (qui), situation et décor (où, quand), modalités (comment) ;

  • Le mode schématique cherche à introduire visuellement les structures de catégories, relations, et fonctions élémentaires sous-jacentes aux classes de sujets, objets et circonstances présentés auparavant ;

  • Le mode conceptuel donne accès aux architectures formelles de relations et aux fonctions abstraites sous-jacentes aux niveaux précédents.

      1. Diverses phases d'exploration du territoire


Le design de l’interface peut évoluer dans le temps et se différencier selon la progression dans le parcours. Plusieurs travaux en psychologie cognitive ont permis de repérer trois grandes phases-type dans l'exploration spontanée de territoires inconnus. En IHM, Dillon & McKnight (1990) ont appliqué ces phases au design des écrans. Nous en proposons la reprise dans HELICES.

  • Phase de repérage (landmarking) : les écrans doivent aider la découverte rapide des points et des objets saillants essentiels du territoire. On privilégiera donc les mises en scène descriptives simples, plaisantes et fortement structurées des constituants principaux du scénario (de type figuratif-narratif par exemple).

  • Phase de trajets (routes) : les écran visent à mettre en valeur les relations linéaires pas à pas entre les points et objets repérés et les parcours possibles de l’un à l’autre. Dans notre modèle, le graphisme s’émancipe peu à peu de l’analogie des images et évolue vers une schématisation qui se superpose sur, plutôt qu’il n’élimine, les représentations antérieurs. Il fait ressortir de façon semi-abstraite, les relations, successions et progressions de propriétés entre objets, évènements et phénomènes repérés (écrans de type schématique).

  • Phase de vue d'ensemble (survey) : les écrans visent à aider à faire le point à tout instant en cours de navigation. Ils donnent une vision synthétique en survol des configurations d’ensemble, des grands repères et trajets vus plus haut. Dans notre modèle, les écrans ressemblent à des relevés topologiques de territoire, de type cartésien. Ils se présentent sous forme de carte cognitive, guides et tableaux récapitulatifs constamment disponibles synthétisant l’état actuel des trois espaces combinés de la tâche, du problème et de la navigation.
      1. Diverses phases pédagogiques


Elles sont déduites des distinctions précédentes. Leur but est d’intégrer et de structurer l’exploration spontanée des apprenants par un tutorat pédagogique minimal qui, pour chaque phase, les situe et les ouvre à un raisonnement plus large. Cela implique de penser une conception spécifique pour chacune des trois phases :

  • L’Orientation initiale : présentation sommaire des grands repères pratiques (Qui, Quoi, Où, Quand, Pourquoi) du domaine avec des moyens simples de navigation. Le mode graphique figuratif-narratif convient à cette phase.

  • L’Initiation aux parcours linéaires et aux relations essentiels du domaine par navigation guidée dans le logiciel, avec prise en main simultanée d’éléments de la tâche et de manipulation logicielle ; un graphisme qui schématise quelques aspects essentiels des images rencontrées en initiation facilite cette phase.

  • La Conceptualisation : application à plusieurs cas simples puis incitation à la généralisation par résolution non guidée de problèmes. La résolution nécessite une vision d’ensemble du problème et un recours aux formalisations et aux concepts sous-jacents. Un graphisme schématique conceptuel abstrait convient à ce stade.
      1. Divers instruments de bord pour naviguer dans le logiciel


Ces objets graphiques sont dérivés d'outils familiers. Indispensables à la navigation à chaque instant, ils sont constamment présents à l'écran en tant que boîte à outils. Le but est d’offrir à l'utilisateur des moyens commodes d'accès rapide qui regroupent sur un faible espace les représentations et fonctionnalités usuelles. Nous distinguons :

  • les Cartes cognitives qui donnent une vision à la fois séquentielle et cartésienne en survol de la totalité des points et trajets possibles du parcours pour un repérage rapide de navigation ;

  • les Télécommandes (type télévision) qui regroupent les commandes fonctionnelles principales avec effets pratiques et théoriques immédiatement visibles à l'écran ;

  • les Tableaux de bord synthétiques qui analysent, mesurent et aident à comparer l'évolution des objets et des phénomènes déclenchée par les actions.

A tous les niveaux, la disponibilité (affordance) des fonctions définie par leur lisibilité et leur accessibilité est une qualité essentielle (Norman, 1988). La mise en scène et le graphisme des écrans ont intérêt à rester sobres et explicites, portés par une structure stable qui évite toute surcharge cognitive par excès d’information, d’hypertexte ou d'effets visuo-sonores. Il en est de même pour la composition et la localisation des zones de travail d'un écran à l'autre et pour l’affichage des icônes qui régissent les entrées-sorties, les actions et contrôles, les outils de travail, les aides et ressources : tous doivent pouvoir se mémoriser vite et à moindres frais pour faciliter et non pas gêner le processus de construction cognitive.


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